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Références philosophiques
D'où l'on peut penser que ces "racines" n'ont pas germé ex nihilo...
1) Platon

Citation tiré de l'essai "Apprendre à vivre" - traité de philosophie à l'usage des jeunes générations par Luc Ferry, (Plon, 2006)

Note de la page 53
Epictète : De la nature des Dieux, II, 24. 
On pourrait presque dire que, selon l'ancienne conception du salut, il y a des degrés dans la mort, comme si l'on mourait plus ou moins selon que l'on est plus ou moins sage et "éveillé". Dans cette optique, la vie bonne c'est celle qui, malgré l'aveu désillusionné de notre finitude, conserve le lien le plus étroit possible avec l'éternité, en l'occurrence, avec le divin ordonnancement cosmique auquel le sage accède par la theoria. En assignant cette mission suprême à la philosophie, Epictete ne fait d'ailleurs que s'inscrire dans une longue tradition, qui remonte au moins au Timée de Platon, qui passe par Aristote et qui étrangement se prolonge à certains égards, comme on verra tout à l'heure, jusque chez Spinoza, malgré sa célèbre "déconstruction" de la notion d'immortalité.
Ecoutons d'abord Platon, dans ce passage du Timée (90 b-c) qui évoque les pouvoirs sublimes de la partie supérieure de l'homme, l'intellect (le nous) : « Dieu nous l'a donnée comme un génie, et c'est le principe que nous avons dit logé au sommet de notre corps, et qui nous élève de la terre vers notre parenté céleste, car nous sommes une plante du ciel, non de la terre, nous pouvons l'affirmer en toute vérité. Car Dieu a suspendu notre tête et notre racine à l'endroit où l'âme fut primitivement engendrée et a ainsi dressé tout notre corps vers le ciel. Or quand un homme s'est livré tout entier à ses passions ou à ses ambitions et appliqué tous ses efforts à les satisfaire, toutes ses pensées deviennent nécessairement mortelles, et rien ne lui fait défaut pour devenir entièrement mortel, autant que cela est possible, puisque c'est à cela qu'il s'est exerce. Mais lorsqu'un homme s'est donné tout entier à l'amour de la science et à la vraie sagesse et que, parmi ses facultés, il a surtout exercé celle de penser à des choses immortelles et divines, s'il parvient à atteindre la vérité il est certain que, dans la mesure où il est donné à la nature humaine de participer à l'immortalité, il ne lui manque rien pour y parvenir. » Ce qui, ajoute aussitôt Platon, doit lui permettre d'être « supérieurement heureux ». Il faut donc, pour réussir sa vie, pour la rendre tout à la fois bonne et bien-heureuse, rester fidèle à la partie divine de nous-mêmes, à l'intellect. C'est par elle que nous nous rattachons, comme par des « racines du ciel », à l'univers supérieur et divin de l'harmonie céleste :
« Aussi faut-il tâcher de fuir au plus vite de ce monde dans l'autre. Or fuir ainsi, c'est se rendre, autant qu'il est possible, semblable à Dieu, et être semblable à Dieu, c'est être juste et sain avec l'aide de l'intelligence. » On trouve encore un constat, non pas identique, bien sûr, mais analogue, chez Aristote, lorsque dans un des moments les plus commentés de son Éthique à Nicomaque il définit lui aussi la vie bonne, la « vie théorétique ou contemplative », la seule qui puisse nous conduire au « parfait bonheur », comme une vie par laquelle nous échapperions, au moins pour une part, à la condition de simples mortels. Certains prétendront peut-être qu'une « vie de ce genre sera trop élevée pour la condition humaine : car ce n'est pas en tant qu'homme qu'on vivra de cette façon, mais en tant que quelque élément divin est présent en nous... Pourtant, si l'intellect est quelque chose de divin par comparaison avec l'homme, la vie selon l'intellect est également divine comparée à la vie humaine.
Il ne faut donc pas écouter ceux qui conseillent à l'homme, parce qu'il est homme, de borner sa pensée aux choses humaines, et parce qu'il est mortel, aux choses mortelles, mais l'homme doit, dans la mesure du possible, s'immortaliser et tout faire pour vivre selon la partie la plus noble qui est en lui ».

2) à Teilhard de Chardin

Antithèse de Fargue, Tassin prône l'existence d'une conscience humaine, d'une âme collective, de l'humanité comme un tout vivant, il a une conception globaliste de l'humanité (92). Il est largement inspiré du théologien et paléontologue jésuite Pierre Teilhard de Chardin, Gary s'en est lui-même confessé dans des entretiens. (voir entretien radiophonique 81 et aussi "la nuit sera calme" citée 89-90)

Le jésuite apparaît au début et à la fin du roman. Sa conversation avec St Denis refait parfois surface, enchâssant les pans du récit, surtout  dans la première partie et à la fin du livre. ( ex.108, 121,132, 134, ch XIX 137 ch XXI 153, ch XXII 154 - Ch XIV (93) Tassin est aussi le confident du british Colonel Babock.)

Quelques citations :

"Je me suis laisse dire que, dans vos écrits, vous annoncez révolution de notre espèce vers une totale spiritualité et un amour total, et que vous l'annoncez pour bientôt - je suppose qu'en langage de paléontologie, qui n'est pas précisément celui de la souffrance humaine, le mot " bientôt " veut dire une bagatelle de quelques centaines de milliers d'années - et que vous donnez à notre vieille notion chrétienne de salut un sens scientifique de mutation biologique. " (19)

"Il avait entendu dire que, dans ses écrits, le père Tassin présentait le Salut comme une simple mutation biologique, et l'humanité telle que nous la connaissons encore, comme une espèce archaïque appelée à rejoindre dans les ténèbres de l'évolution d'autres espèces disparues. (61)

"Les hommes commencent à sentir confusément que l'humanité à une âme, une conscience - ce qu'ils appellent un honneur - indépendantes de chaque homme pris individuellement. Orgueil, mais pas orgueil de l'espèce, ce qui est déjà mieux. (...) Il sera intéressant de voir un jour l'humanité sortir comme un tout vivant de ses deux milliards de cocons." (92)

..."Je vois mal pourquoi vous manifesteriez autant de sympathie à un homme qui veut s'ériger lui-même en protecteur suprême de la nature. (...) Si je vous ai bien lu, vous ne semblez pas attendre grand chose de nos efforts, et on dirait que vous considérez la grâce elle-même comme une mutation biologique qui donnera enfin à l'homme les moyens organiques de se réaliser tel qu'il se veut. (...) à propos de Morel ...il doit vous sembler qu'il réclame de nous un changement qui, pour longtemps encore, n'est concevable que comme un chant d'espoir. Mais je ne puis me résigner à un tel scepticisme, et j'aime mieux croire que vous n'êtes pas sans éprouver une sympathie secrète pour ce rebelle qui s'est mis en tête d'arracher au ciel lui-même je ne sais quel respect de notre condition." (495)

"Il avait lui-même vécu une des plus belles et des plus passionnantes aventures qu'une créature puisse connaître sur la terre dans l'absence du doute et dans la certitude d'un épanouissement final." (495)


Répercussion dans la symbolique :
Gary déclare que la grosseur de l'éléphant n'est pas étrangère à sa puissance allégorique. Il porte en lui un nombre impressionnant de symboles (voir 56-58)...
 
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