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Approche du discours argumentatif et groupement de texte
Cours proposé par M. Jean Touyet en 3e
1- Travail d'approche du discours argumentatif appuyé sur la "Controverse de Valladolid" 
 
2-  Réflexion Critique sur le colonialisme (séquence sur l'argumentation) avec un groupement de texte :
    "Les cannibales" de Montaigne
    "Cannibale" de Didier Deninckx
    "Intro du discours sur le colonialisme" d'Aimé Cézaire
    Extrait des "Racines du ciel" de Romain Gary pages 143-144 :
 
Saint Denis s'entretient avec Waïtiri (Vous pouvez vous reporter à la documentation sur les personnages... http://www.ubaba.fr/index.php?option=com_content&task=blogcategory&id=53&Itemid=111
 
 
« - Ouais, dis-je, assez méchamment. Puis j'ajoutai :
« - Vous irez en prison « Il haussa ses magnifiques épaules. Je pensai : si au moins j'avais des épaules comme ça...
« - Et puis après ? Aujourd'hui, les prisons colonialistes sont les antichambres des ministères...
Il sourit.
 « - Mais vous avez tort de vous faire du souci pour moi. Je ne serai peut-être jamais pris. Le Soudan n'est pas si loin... Et il y a une fameuse station de radio au Caire. Je ne sais si le conflit entre le monde capitaliste et le monde nouveau est pour aujourd'hui, ou pour demain, mais je sais qui en sortira vainqueur: l'Afrique...
« - Vous avez pensé à tout, dis-je. Votre femme va bien ?
« - Elle est en France, chez sa mère. Elle est française, vous savez
« - Je sais. Vos fils sont toujours à Janson ?
« - Oui, dit-il tranquillement. Je veux qu'ils reçoivent une bonne éducation. Nous aurons besoin d'eux...
« J'approuvai. Il n'était pas cynique. Il nous connaissait, et voilà tout. Il savait qu'il pouvait avoir confiance en nous. Je crachai tout de même ma chique dans l'herbe, avec une certaine violence.
« - Est-ce que je peux vous demander de leur faire parvenir un message ? demanda-t-il. Simplement, que je vais bien.
« - Je dirai ça à Fort-Lamy. Je suis sûr qu'on s'empressera de faire le nécessaire .
Il fit de 1a tête un petit signe d'approbation. Il trouvait cela tout naturel - on était entre gens civilisés, après tout. Oui. c'était un homme de chez nous. Il pensait comme nous, et il était nourri de nos idées et de notre matière politique. Je pensai : tu veux bâtir une Afrique à notre image, ce pour quoi tu mériterais d'être écorché vif par les tiens. Je sais bien que ça sera une Afrique totalitaire, mais ça aussi, ça surtout, ça vient de chez nous. Je le pensai, mais je ne l'ai pas dit. Je crachai seulement encore une fois. C'était le meilleur usage que je pouvais faire de ma salive. Ce que je pouvais penser ou sentir ne l'interessait pas. Ce qui l'intéressait, par contre, c'était ce que j'allais leur raconter à Fort Lamy, ce que les journeaux allaient publier là-dessus. Et moi, tout ce qui m'intéressait désormais, et plus que jamais, c'était de savoir si mon vieil ami Dwala allait tenir sa promesse. Je savais qu'il avait le pouvoir de transformer un homme en arbre, après sa mort, et quelquefois même avant, et j'avais obtenu de lui la promesse solennelle de me libérer une fois pour toutes d'une appartenance dont j'étais trop écoeuré pour pouvoir la supporter dayantage. Ce qui m'avait toujours effrayé, c'était l'idée de renaître un jour une fois de plus dans la peau d'un homme. C'était une terreur qui me reveillait parfois la nuit et me donnait des sueurs froides. C'est ainsi que j'avais fini par conclure un marché avec Dwala, qui m'avait promis et même juré de me transformer en arbre, avec une solide écorce, la prochaine fois, ayec des racines bien plantées dans la terre africaine - et ce, moyennant quelques petites faveurs administratives, pour éviter, notamment, le passage d'une route en pays Oulé. Cet espoir me reconforta et pendant quelques instants, je me sentis tout ragaillardi. Je m'essuyai la figure et la barbe - j'étais complètement trempé - et remis mon casque. Je ne dis rien de ce que je pensais. Ce n'était pourtant pas l'envie qui me manquait. J'avais envie de lui dire : " Monsieur le Députe, j'ai toujours rêvé d'être un noir, d'avoir une âme de noir, un rire de noir. Vous savez pourquoi ? Je vous croyais différent de nous. Je vous mettais à part. Je voulais échapper au matérialisme plat des blancs, à leur pauvre sexualité, à la triste religion des blancs, à leur manque de joie, à leur manque de magie. Je voulais échapper à tout ce que vous avez si bien appris de nous et qu'un jour ou l'autre vous allez inoculer de force à l'âme africaine - il faudra, pour y parvenir, une oppression et une cruauté auprès desquelles le colonialisme n'aura éte qu'une eau de rose et que seul Staline a su faire règner, mais je vous fais confiance à cet égard : vous ferez de votre mieux. Vous allez ainsi accomplir pour l'Occident la conquête définitive de l'Afrique. Ce sont nos idées, nos fétiches, nos tabous, nos croyances, nos préjugés, notre virus nationaliste, ce sont nos poisons que vous voulez injecter dans le sang africain... Nous avons toujours reculé devant l'opération - mais vous ferez la besogne pour nous. Vous êtes notre plus précieux agent. Naturellement, nous ne le comprenons pas : nous sommes trop cons. C'est peut-être ça, la seule chance de l'Afrique. C'est peut-être grâce à ça que l'Afrique échappera à vous et à nous. Mais ce n'est pas sûr. Les racistes ont beaucoup dit que les nègres n'étaient pas vraiment des hommes comme nous : il est donc fort possible que ce soit encore un faux espoir que nous avons fait miroiter ainsi aux yeux de nos frères noirs. "
Voilà ce que j'avais envie de lui dire, mais je m'en gardai bien. Je ne tenais pas à retrouver sur son visage les mêmes signes, à mi-chemin entre le mépris et l'indulgence, que je surprends dans l'expression de mes collègues de l'Administration, lorsque je leur tiens les mêmes propos. " Ce pauvre Saint-Denis, il est bien brave, mais complètement arriéré, aussi anachronique et lourdaud que les éléphants. Il est vraiment temps de renouveler nos cadres en Afrique." Je ne tenais pas à m'exposer à ce genre de réflexion. J'ouvris donc la bouche, mais seulement pour me fourrer une nouvelle chique sous la dent. Il me sourit.



 
 
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