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Résumé du roman (1ère partie)

Résumé du roman "Les Racines du Ciel" 

par Eric Ploquin

Préalables :
Les références aux pages sont entre parenthèses et renvoient à l'édition de poche Folio – Gallimard.
Dans les parenthèses en italique figurent quelques indications sur la structure du récit.
En caractère 10 sont relevées les métaphores concernant l’éléphant.
 
1ère Partie

Ch1
Tassin, jésuite archéologue, vient en curieux visiter St Denis, ex-administrateur de Fort Lamy, à propos de l' "affaire Morel" et de Minna.
 
Ch2
Saint Denis lui rappelle le fond de l'affaire - le combat pour la défense des éléphants - et lui resitue l'histoire des protagonistes : Morel, Habib et Minna. L'interprétation de leur action a pu prêter à confusion dans cette histoire. Quoiqu'il en soit, se pose la question de la survie de l'espèce pour laquelle il convient de prendre des mesures de sauvegarde : il en va des éléphants comme des droits de l'homme (19). St Denis se positionne en tant que narrateur, sensible et un peu dépassé, à l'auditeur de "reconstituer", se faire son idée...

Ch3 à 5
Il y a eu une enquête suite à la disparition d'Habib et de De Vries dont le trafic d'armes a été découvert. Une certaine agitation règne dans la région - ramifications du trafic à Tunis, bandes armées fellaghas  dans les confins du pays. Une enquête est diligentée, au cours de laquelle Minna, entraîneuse employée par Habib, est interrogée par Schölcher. Celui-ci constate le drame affectif de Minna lors du récit de son errance : ses parents ont été tués à la guerre, elle a été recueillie par son oncle qui a trahit son fiancé russe. Elle devient entraîneuse à la "Kappel" puis pour une boîte de nuit à Tunis. Dépitée, elle cherche l'affection dans le contact auprès des animaux.

Ch6
Orsini a fait des avances à Minna, avec son esprit de chasseur-prédateur il a du mal à assumer un refus. Il insinue donc, dans un entretien avec Kotoswsky, des soupçons de raisons révolutionnaires à la présence de celle-ci... Le commissaire, d'un point de vue pragmatiquement moral, veut expulser Minna pour les fonctions dégradantes qu'elle exerce, tandis qu'Orsini, sensible au sex appeal de la jeune femme, reste plus ambigu (44).

Ch 7
Orsini commente la pétition de Morel en faveur des éléphants et de la faune en général. Il la prend pour un manifeste anti-blanc, comme le dénouement d'une faillite de la civilisation occidentale (46, 47). Il a un rôle sournois, il ne veut pas être dupe, il ne peut décemment s'engager contre une idée qui malgré tout sonne juste. Seuls, deux blancs ont signé la pétition : Forsythe et Minna.
Ch 8
Lors du premier contact entre Morel et Minna, la discussion s'engage pêle-mêle sur les éléphants et les allemands : Morel a, en un certain sens été "Allemand" pendant ses deux ans de captivité, et vit désormais au milieu des éléphants. Morel a sévèrement "corrigé" De Vries après que celui-ci ait chassé et tué quatre bêtes... La conférence pour la protection de la faune est annoncée, au Congo.  Autre menace "le déboisement, le progrès" (51)... Morel fait un exposé de la situation : La chasse est particulièrement horrible quand le feu est mis à la savane pour former un piège. La contrebande de l'ivoire pousse également les tribus à la chasse. La capture fait aussi des victimes parmi les animaux.
ÉLÉPHANT = Viande, protéines pour les indigènes
ÉLÉPHANT = Cible, sport pour les colons
Minna a une lecture affective du combat de Morel pour les éléphants (53), il y a de la compassion dans sa pensée. Elle comprend et ressent les mêmes sentiments par rapport aux animaux, elle en déduit un passé de souffrance et de solitude pour Morel. Son regard un peu décalé, de par sa "profession", donne une impression humaine et touchante du personnage, en comparaison des autres spécimens de l'espèce... Elle n'émet pas de jugement de valeur.
Orsini a une lecture apparemment politique : intimement susceptible, il est déstabilisé... St Denis et Tassin font preuve de compréhension envers Morel. St Denis fait un parallèle entre l'Afrique et l'âme humaine, comme deux espaces vides à combler, soit par la présence d' animaux soit par celle de Dieu...
ÉLÉPHANTS = Dieu (54).
Morel a contracté une dette morale envers les éléphants : durant sa captivité concentrationnaire, ils ont permis à son imagination de le faire survivre. Désormais, en se battant pour leur survie, il s'acquitte du remboursement de son dû, du paiement d'une juste réparation, sa mission consiste à tenir parole dans la fidélité et la mémoire (55).
ÉLÉPHANTS = Liberté - Espoir - Imaginaire inaliénable (Pour Fluche)
 
Ch 9
Dans cette affaire, la vision d'Orsini est celle d'un démagogue, étroite, terre à terre et à court terme. La vision du père Fargue se focalise sur la misère humaine, sur l'urgence et la nécessité d'être efficace concrètement. Pour lui, au delà, c'est une question de foi en Dieu. De son point de vue, Morel prétend que les éléphants sont nécessaires pour leur côté superflu, innocent, libre et pour leur beauté (60)
ÉLÉPHANTS = Poésie, Art
Pour Fargue, la menace que l'homme fait peser sur l'espèce pachyderme le trouble dans sa foi (60). Sa croyance est encore mise en brèche par le pragmatisme du jésuite Tassin qui considère l'homme lui-même comme une espèce animale ; Pourtant Fargue refuse de signer la pétition de Morel : signer pour les éléphants reviendrait à signer contre les hommes. Il s'obstine à ne pas reconnaître la faillibilité de l'homme à cause du désespoir que cela impliquerait.
ÉLÉPHANTS = Contrepouvoir des hommes, élément de concurrence pour la montée en puissance et l'accès d'une espèce à la suprématie sur les autres. Rempart symbolique au totalitarisme de l'espèce humaine

Ch 10
Morel a déchiré sa pétition, juste gardé la signature de Minna. Il a quitté Fort-Lamy. Forsythe, major américain, est un être pragmatique et cynique vis à vis du sentiment humain  de présomption incarné par l'Angleterre.

Ch 11
Langevielle, un planteur, a été blessé par Morel pour avoir tué des éléphants. Le combat pur et solitaire de Morel est concomitant aux prémices troublés de la décolonisation (66). (Le Nigeria assiste à l'intrusion de l'Islam et au réveil des Boers). Haas, capteur d'animaux, a également été blessé, mais il s'avère repentant. Quand il évoque la souffrance des éléphants, il imite leur langage et cela est si "parlant" que l'infirmière se précipite à son chevet ! Il évoque la grandeur de l'animal et son admiration pour l'espèce. Il critique la virtualité du divin et lui préfère le réel : en cela, il comprend Morel et revendique l'amour d'un homme pour les bêtes (72). Morel est recherché par Schölscher dubitatif, mitigé...

ch 12
Ornando, star des médias américains, est lui aussi blessé par Morel. Le gouverneur s'exprime sur Morel (75) : Une espèce de fou misanthrope a décidé de changer d'espèce, par dégoût de l'Humanité. Ses supérieurs parisiens expriment un état de mauvaise conscience à propos de la colonisation. Le Gouverneur s'interroge au cas où les évènements dégénèreraient : soit il s'agit d'un véritable mouvement de rébellion, alors il est excusable car, dans la logique de la décolonisation, ce genre d'évènement est inexorable, soit le phénomène est lié à au seul agitateur Morel et il sera tenu responsable de ne pas être intervenu. Laurençot, inspecteur des chasses, comprend  et défend la position de Morel  au sein de l'état-major, l'espèce est bien menacée et l'histoire de l'éléphant est liée à la colonisation (76-77). A l'argument des hommes souffrants il associe le combat des éléphants (78).
ÉLÉPHANTS = Hommes, victimes, résistants.
Le gouverneur s'en tient à un Morel "névrosé" et estime que les éléphants ne sont pas à l'humanité ce que les pékinois sont aux vieilles dames esseulées (79) : l'humanité n'en est pas à ce point de solitude, elle peut compter sur d'autres choses et ne se résigne pas aux éléphants. Laurençot se fait lyrique par rapport au combat écologiste (82).

Ch 13
Ornando à l'hôpital défend son agresseur auprès du gouverneur qui affiche une volonté de justice (85). Ce dernier vient de découvrir un nouvel adepte à la cause de Morel et sa haine s'en trouve attisée. Il simule un combat d'idées et se scénarise une joute de la technique, alliée de la science et de la modernité, contre le primitivisme et le préhistorique. (la narration ironise sur le point du nucléaire)
ÉLÉPHANTS = Symbole primitif (Régression)
Pour le gouverneur, cette lutte fait s'opposer science, culture, arts, techniques contre ... éléphants ! A la presse il qualifie Morel de "Rogue" et d'"Amok", termes qui évoquent un éléphant blessé  s'éloignant du troupeau et devenant agressif.
ÉLÉPHANT = Morel
La sympathie du public semble aller du côté de Morel et des éléphants (88). Pour complaire aux journalistes, le gouverneur déclare que la France défend la faune. Il sauve ainsi la face par rapport à l'opinion publique (89). Les attaques de Morel prennent de l'ampleur : attaque de ferme, incendie de magasin d'ivoire. Une bande s'est formée avec des éléments incontrôlés, majoritairement issus de l'ethnie Oulé ("tribu la plus primitive de toute l'Afrique"92) qui désservent la cause (vols,viols) en agissant ainsi, en "desperado"... Le gouverneur a peur que la situation ne prenne une tournure politique, Schölcher n'y voit que la cause des éléphants. Fargue et Tassin devisent sur les culpabilités et les susceptibilités que fait naître Morel.

Ch 14
Fort-Lamy ragote sur Morel. Se confessant au jésuite Tassin, un vieux colonel anglais, Babock, évoque le fair-play, l'éducation, la morale, comme dépassés. Fataliste, il parle de son côté préhistorique et envisage l'extinction de son genre à l'image des éléphants.
ÉLÉPHANTS = morale caduque, histoire révolue, passéisme.
Babock a eu une crise cardiaque. Il dénonce les coups bas portés sur Morel qui tendent à détourner son combat en faveur des éléphants pour de la misanthropie (95). Les rumeurs sur Morel débordent de la réalité. Il est particulièrement sensible à la compassion que Minna éprouve pour Morel. Il se sent coupable d'y être étranger. Il est dans le rôle d'un père et regrette un peu celui d'un amant. Babock est un homme seul, contraint à supporter hypocritement le fiel d’Orsini. Minna provoque des failles dans la réserve décente du colonel... il se sent un peu fautif pour son inaction par rapport au désarroi de Minna, aussi par rapport aux éléphants... même s'il trouve aussitôt à se justifier.

Ch 15  (narration bizarre)
Les rumeurs sur Morel s'amplifient. Waïtiri, député Oulé anti-blanc l'aurait rejoint et participerait à des attaques de plantations. Au Tchadien, St Denis raconte aux journalistes son entrevue avec Morel dans la brousse, comment il l'a dépanné en médicaments et en munitions. Plus tard, il évoque à Tassin la solitude de Morel, Minna et les éléphants. Au Tchadien, il relate les prises de positions d'Orsini face aux journalistes à propos de Morel : le chasseur crucifie le défenseur de la nature, et avec lui, la part d'idéalisme qu'il y a dans l'homme (110).
ÉLÉPHANTS = Idéalistes, cause dépassée, voués à la faillite, leur disparition est inévitable.
Orsini revendique sa médiocrité au sein de l'humanité : défense talentueuse par ironie. St Denis, évoque le trouble que Minna lui cause. St Denis compare Orsini et Morel face aux problèmes existentiels et confrontent leurs voies respectives.

Ch16
St Denis s'entretient avec Minna. Il réalise a posteriori son erreur d'interprétation dans les rapports entre Morel et Minna dont la quête était au delà du désir. Il n'a pas su dépasser sa propre imagination (115). (brève incursion de Tassin comme un rappel du dialogue initial...) Tassin fait le constat d'erreur persistante dans l'analyse de Morel par Saint Denis. (puis suite de la mise en abîme du dialogue entre Minna et St Denis) Ce dernier pense que Minna et Morel ont chacun trop souffert et qu'ils ne peuvent être autre chose que les ennemis du genre humain dans une communauté de rancune (116). Elle souhaite  "remercier" St Denis d'avoir aidé Morel, en s'offrant à lui (117) : St Denis s'abstient par humanité, "à chacun ses éléphants" il la protège comme un animal chassé
ÉLÉPHANT = Minna en tant que symbole de vulnérabilité.
En fait, il a rencontré Morel pour le prévenir de certaines récupérations haineuses de son combat. (fin du face à face St Denis Minna, retour à Tassin) St Denis fait confiance aux traditions ou au bon sens africain qui n'est pas tourné vers le progrès à tout prix (120). En cela il se dit anachronique comme un éléphant.
ÉLÉPHANT = St Denis, en tant que symbole anachronique, en marge du progrès.
Lorsqu'il était très décidé à prévenir Morel de ces menaces diverses, il a du rencontrer le vieux Dwala pour en retrouver la trace.

Ch 17
St Denis livre à Tassin comment il a raconté à Minna son entrevue avec Dwala. Il croit au pouvoir de Dwala (St Denis décoche une petite flèche à l'attention du jésuite lorsqu'il accrédite les pouvoirs magiques du Chef Africain). St Denis est plus africain qu'occidental. Il se méfie du "progrès" (123). De son côté, Dwala exècre Waïtiri (Gouanga-ala : traître 123). C'est la tradition et la modernité qui s'affrontent par ces deux Africains, avec toutes les contradictions des partis anciens ou révolutionnaires : selon le vieux sage les français ont tort de dialoguer avec des africains qui ne respectent pas leurs propres traditions. Morel se trouve désormais associé à Waïtiri qui est un ancien député Oulé : Est-il dupe de ce personnage politique très ambitieux ? St Denis se rend au rendez-vous avec Morel, guidé par N'Gola.

Ch18
(Formellement, il s'agit toujours de la discussion entre Tassin et St Denis. Ce dernier rapporte au jésuite l'entretien avec Morel tel qu'il l'a déjà raconté à Minna).
Au commencement, il dresse à Tassin le portrait physique de Morel (126-127). St Denis confesse que le portrait de cet homme, naïf et ridicule quand il continuait à tenir ses dossiers en pleine savane, n'a été dressé devant Minna que dans l'optique jalouse de tourner Morel en ridicule (cf "on fait le malin comme on peut"). Lors de leur rencontre, St Denis a interrogé Morel sur ses prises de position quant au  nationalisme africain, aux révoltes des tribus, à la décolonisation. Aux yeux de St Denis, Morel semble désarmant de naïveté ou d'optimisme sur ses collaborateurs et à propos de la conscience du public par rapport au problème de la faune africaine. Malgré ses reproches apparents, et du fond de sa conscience, St Denis est avec Morel. Cela est vécu par St Denis comme quelque chose de dérangeant : Morel, avec sa naïveté désarmante, son indubitable obstination, son manque d'humour et d'ironie est un révélateur qui déterre les consciences, une anti-dote contre l'auto-duperie, contre la facilité, l'omission, le mensonge... St Denis réagit paradoxalement avec un sentiment de colère et d'amertume face aux propos évidents de Morel. Il traduit en cela son propre malaise devant son impuissance, et sa propre culpabilité face à son inaction par rapport aux menaces sur l'environnement. St Denis se surprend à transmettre les besoins en munition de la troupe, à Minna qui est en admiration devant la candeur persuasive de Morel.

Ch 19
(Les Chapitres 19 à 21 sont antérieurs à l'entrevue Minna-St Denis que celui-ci rapporte à Tassin. Ils  apparaissent comme un flash-back explicatif )
St Denis, après avoir rencontré leur chef Morel, découvre la bande d'aventuriers qui l'accompagnent. Il dresse le portrait de Waïtiri (139) : c'est une force de la nature, paradoxalement d'une beauté antipathique. Ses origines rappellent la traite des noirs par les noirs mais il se veut l'incarnation de la Révolution Africaine. Il considère le combat écologique comme un rideau de fumée masquant les vraies revendications du continent, et déconsidère Morel - un "illuminé" "démodé". Intelligent et pragmatique : "les prisons coloniales sont les antichambres des ministères africains". Il apparaît comme le symbole du noir décolonisé, émancipé avec toutes les contradictions dues au choc de deux civilisations : sa femme en France et ses enfants à Janson. St Denis incarne la sagesse et le recul politique entre l'Occident et les menaces africaines, parfois l'histoire l'empêche de jouer les donneurs des leçons à Waïtiri. Le fantasme de négritude de St Denis (143)  est mis à mal au contact du très occidentalisé député Waïtiri. St Denis souhaiterait défendre les Africains contre la perversion de l'Occident que lui-même représente paradoxalement en tant que blanc, mais qui, en l'occurence, est incarnée dans l'action par le révolutionnaire africain. (cf "Les empêcher de marcher sur nos traces", ...tout juste pour "la pénicilline et le DTT"). L'Occident fait figure de monstre avec son totalitarisme et sa façon d'envisager les "masses" humaines. Waïtiri revendique une afrique indépendante, émancipée de la tutelle coloniale, mais lui même, ancien étudiant à la Sorbonne, n'est qu'un sous-produit de cette façon de concevoir la société. Waïtiri dénonce les motivations de St Denis : Les blancs, constatant leur impasse, deviennent misanthropes et ne prônent la tradition noire, que pour oublier les méfaits de leur propre civilisation...

Ch 20
Equipée de Morel. St Denis est pessimiste et cynique : le parti pris de sa description discrédite l'entreprise de Morel rendant l'arrivisme machiavélisme de Waïtiri plus probable. Paradoxalement, il est rassuré par le fait qu'autant de bandits groupés autour de Morel n'ont pu être rassemblés par les idéaux écologistes, mais bien par les stratégies manipulatrices et intéressées de Waïtiri. Cette logique du pire, qui permet de mieux comprendre l'histoire des horreurs de l'histoire de l'humanité, semble rassurer St Denis en ce qu'elle permet également de justifier un fatalisme qui sauve les consciences des remords et d'une culpabilité sans fond. St Denis nous décrit la troupe et la compare à un maquis, - une "poignée d'humanité" avec tous ses contrastes : des aventuriers, des révolutionnaires, des idéalistes et des scientifiques - à l'action imprévisible (149).
ÉLÉPHANTS = drapeau, symbole du combat, bannière de ralliement
Sur le chemin du retour, St Denis, accompagné de Peer Qvist, rencontre un troupeau d'éléphants qui avance dans la végétation.
ÉLÉPHANT = "puissante image de la liberté naturelle"
Dans un dialogue avec Peer Qvist St Denis avance une prise de conscience de la menace qui pèse sur l'espèce (151). Ils évoquent les obstacles au combat de Morel : le pouvoir colonial et son armée, et, plus probable, les chasseurs. Pour Peer Qvist, défendre un idéal humain en compagnie des hommes est contradictoire (152). (Il s'agit toujours du récit de St Denis à Tassin.)

Ch 21
ÉLÉPHANT = "bête d'amour" : seule réponse, en volume, à la carence affective de l'homme due à sa solitude intrinsèque (152).
Le discours du Gouverneur est celui d'un réactionnaire attentiste : il place l'homme au dessus de la nature et considère la défense des animaux comme de la misanthropie. Son avis est surtout motivé par une défiance envers les agitateurs marxistes anti-coloniaux (152-153). Il y a une psychose des états - y compris français - qui fait que le phénomène Morel n'est considéré que comme un leurre, dissimulant des évènements majeurs. Aux yeux du gouverneur et des autres pays, le combat écologique (Le mot "écologie" est utilisé pour la première fois)  est trop naïf pour qu'on puisse accréditer le mouvement. Le gouverneur tente de le déconsidérer en insistant ironiquement sur les termes excessifs employés par la presse pour évoquer la cause de Morel. (Le cadre narratif est toujours celui d'un récit de St Denis à Tassin, dans lequel il lui rapporte le discours du gouverneur.)

Ch 22
St Denis reprend l'épisode de la discussion avec Minna. Celle-ci le trouble. La détresse & la solitude humaines sont grandes. Les petits animaux de compagnie pansent des petites plaies affectives, pour les malaises plus importants, il faut de gros animaux. Si la compagnie des animaux est un remède à la solitude humaine, alors aux grands maux les gros remèdes, car les chiens & chats ne suffisent plus (18). Minna représente les "déçus" fatigués de la société occidentale, elle met son espoir dans Morel.
ÉLÉPHANT = palliatif proportionnel à la carence affective des êtres, selon leur désarroi personnel.
ÉLÉPHANT = Morel : tout comme l'éléphant portait l'imagination des prisonniers, Morel porte l'espoir des désabusés (155).

St Denis est partagé entre l'emprise sensuelle de Minna et son sens du devoir d'administrateur (158). Dans ce dilemme, quand il se valorise en Fouché il faut lire qu'il jette l'éponge en Don Juan. Alors qu'un bataillon de tirailleurs semble, d'après Minna, attendu à Bangui, St Denis accepte d'intercéder pour qu'elle aille protéger Morel. Il la prendra sous son protectorat à Ogo et enverra N'Gola porter sa proposition à Morel (158). La Tsé-tsé, bien que fléau sanitaire, apparaît comme une présence : la solitude éprouvée St Denis est grande !

Ch 23
Suite aux émotions des rencontres avec Morel puis Minna, St Denis est atteint d'une crise de palludisme (160). Durant sa fièvre, il est tenu en surveillance par l'adjoint de Schölscher. En fait, Orsini l'a dénoncé comme dernier interlocuteur et sympathisant de Minna et Forsythe avant leur départ vers le camp de Morel en pays Oulé. Alors qu'Orsini répend des rumeurs d'espionnage sur Morel (162), les États-Unis et le reste du monde considèrent cette affaire comme un leurre fomenté par la France pour masquer des troubles anticoloniaux (161). Les Américains ont toujours été incrédules : il en va de Morel comme il en allait de De Gaulle en 1940  
ÉLÉPHANTS =  Cause liée à la dignité et à l'honneur, défendue par un visionnaire.
L'adjoint apprend à St Denis que Minna et le Major ont emmené des armes et des munitions et qu'une attaque a déjà eu lieu. St Denis pense s'être mépris sur les véritables desseins de Minna, la France réagit en ordonnant le "nettoyage" de la région.

Ch 24
St Denis est désabusé par la tournure des évènements, il s'en remet à son ami Dwala et lui marchande sa réincarnation en cèdre (165), en vue de sérénité. Les croyances traditionnelles liées aux esprits paraissent naïves au regard de la rationalité occidentale, mais elles s'avèrent salvatrices pour St Denis, plongé dans le désarroi.
(Ce chapitre prend place dans le même temps narratif que le précédent, il s'agit de la pensée intérieure de St Denis qui a cours en parallèle du dialogue avec l'adjoint de Schölscher.)
 
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