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Résumé du roman (3e partie)

Résumé du roman "Les Racines du Ciel" (suite)

par Eric Ploquin

3ème partie

Ch 33
Waïtiri cherche un appui logistique au Soudan auprès d'un mouvement indépendantiste Musulman. Il se voit refuser l'aide souhaitée, car les fanatiques religieux ont une stratégie pragmatique avec des priorités pédagogiques (311-312). Au dela du soutien, Waïtiri cherche à exister politiquement à un niveau international, à se placer sur l'échiquier en se sortant de l'anonymat solitaire. Il n'est pas invité à la conférence internationale de Bandoeng pour la décolonisation. Sa stratégie est de médiatiser ses maigres actions, semer le trouble pour acquérir un statut incontournable sur la scène africaine. Robert Dageon, député français représentant l'Oubangui au parlement, est venu à Karthoum à sa rencontre.

Ch 34
Le conseil politique de Dageon est une voix intermédiaire, celle du compromis, qui préconise de désamorcer les tensions, quitte à interdire la chasse. Il pense que l'éducation de masse et l'éducation politique ne peuvent être instaurées qu'en même temps que le progrès économique. Face à lui, Waïtiri se pose en révolutionnaire radical, iconoclaste. Finalement, Habib propose un plan plus abordable, recruter des volontaires en armes pour un raid sur le lac Kuru...

Ch 35
Le photographe juif New-yorkais Abe Fields est en reportage aérien au dessus des troupeaux d'animaux groupés autour du seul point d'eau de toute la région. La sécheresse a décimé la faune, obligée de migrer sur des kilomètres vers le lac. Suite à l'accident de son avion, Fields est recueilli par Forsythe, à qui il signifie sa réhabilitation dans l'opinion américaine : de soi-disant traître pendant la guerre de Corée, Forsythe est devenu dans son pays un héros du combat en faveur de la nature. Fields le questionne sur son passé. Forsythe explique alors son parcours, sa vie par deux fois dupée, sa fuite dans l'alcool, son exil et, pour finir, son nouvel engagement après sa rencontre avec Morel. Forsythe fait le point sur le devenir de l'équipée : Morel prévoit de se rendre si la conférence de Bukavu change la donne pour les éléphants, Forsythe souhaite pour sa part retourner aux USA. Fields rencontre ensuite Minna, puis Peer Qvist. Le témoin visuel de bien des horreurs du monde sent poindre en lui l'adhésion aux idées de Morel, d'autant qu'il commence à en comprendre le sens profond, empreint d'une compassion à la souffrance. Quand il rencontre enfin Morel, celui-ci est accompagné d'Idriss et de Youssef. (Anticipation-Début) L'épilogue  sur le sort de Morel est juste évoqué, en une sorte d'anticipation au récit, basé sur les révélations du procès, mais qui ne laisse place qu'à  l'incertitude sur la vie du héros (Anticipation-Fin). Dans l'état actuel des choses, Morel attend encore des nouvelles de la conférence de Bukavu, et semble décidé quoiqu'il en soit à rejoindre Waïtiri à Khartoum au Soudan. Morel explique à Fields le fond de son combat : la prise en considération d'une "marge" dans la conscience qu'a l'homme de sa suprématie, permettrait de prendre en respect plus d'espèces vivantes. Cela sous-entendrait pour lui une part importante de modestie et d'humilité. Malgré sa blessure, et sans raisons professionnelles particulières, Abe Fields décide de rester en compagnie de Morel.

Ch 36
Waïtiri, De Vries et Habib sont en route vers le Kuru pour exécuter leur plan. Les réflexions de Waïtiri sur la politique montrent un être machiavélique et assez intelligent pour se servir des faiblesses populaires. Sous couvert idéologique, sa soif de pouvoir se fait au mépris du peuple. En premier lieu, sa stratégie entend exploiter le problème de conscience des opinions publiques occidentales, leur fond de culpabilité coloniale (353), et le conduit à imiter l'attentisme bourgeois décadent, qui protège l'éléphant comme il se protège lui-même, en attendant l'opportunité historique de la révolution. Forsythe souhaite quitter le Kuru et propose à Minna de le suivre. Morel et Peer Qvist ne semblent pas décidés à partir. Le gouverneur se résigne malgré lui à voir son district comme le théâtre des opérations de recherche. Assisté d'un colonel, il apprend que l'armée a dépêché un régiment de méharistes sur le Kuru, lieu probable de la présence de Morel. Le but des autorités est d'empêcher la fuite de Morel au Soudan et de le capturer (363). Le gouverneur livre l'information aux journalistes de la nouvelle de son propre remplacement par un chasseur de sinistre réputation. Ce faisant, il en appelle aux mécontents face à cette décision particulièrement provocatrice de l'administration et agit en partisan du camp de Morel. Au milieu des bêtes assoiffées et agonisantes, Morel n'est pas dupe des motivations de Youssef quant à la défense des animaux, mais, au lieu de vivre dans l'inquiétude de la menace que celui-ci, armé, peut représenter, il fait le pari de la pédagogie en assumant les risques pour sa personne.

Ch 37
Abe Fields est en proie à l'insomnie du fait de ses blessures et en éternelle lutte contre un besoin de présence face à la solitude humaine. Son attention est subitement attirée par une fusillade de grande envergure. Les  éléphants du Kuru sont en train d'être décimés par une trentaine d'hommes aux ordres de De Vries. La troupe capture également Morel et ses amis. Waïtiri s'annonce aux yeux du monde, en l'occurrence ceux de Fields reporter, comme le pourfendeur du colonialisme, le tombeur de masque dans l'affaire Morel : le combat pour les éléphants n'était qu'une supercherie occidentale destinée à cacher la poussée indépendantiste en AEF, voici maintenant le choses clairement exprimées. Le discours de Waïtiri est très fort (376) : il démontre la perversité des défenseurs de la nature qui ne sont, à ses yeux, que des continuateurs de la morale bourgeoise occidentale décadente... Il les accuse d'anachronisme face aux problèmes de la société africaine. Rétorquant à Peer Qvist, il oppose au rêve d'opium écologiste des nantis, le matérialisme historique et la misère africaine. Fields semble un homme avisé, qui ne se laisse pas amadouer par le discours révolutionnaire de Waïtiri,  d'expérience il sait que devant l'ampleur titanesque de la tâche, ses moyens seront certainement ceux de la dictature (382). Habib, persifleur, donne des mauvaises nouvelles de la conférence de Bukavu à Morel. De toute façon, la conférence n'avait, à entendre ses délégués inertes, guère de chances d'infléchir le cours des choses. Au début de la fusillade, De Vries a été tué par Morel. Plus tard Habib explique à Fields comment ce dernier, par sa seule présence médiatique dissuasive, a sauvé Morel de la vengeance des étudiants qui se sentaient bafoués par l'éditorial pirate de Sionville, exclusivement dévolu à la cause de la nature et non à celle de l'indépendantisme. Fields "couvre" l'évènement, et interprète les gains de Waïtiri en armes par le biais de l'ivoire amassé. La stratégie de Waïtiri vise les opinions extérieures, internationales, notamment la conférence internationale des "peuples coloniaux" de Bandoeng (389). Il ne compte pas sur le réveil des consciences de ses semblables, pas assez éclairées en matière politique et trop enracinées dans leurs cultures traditionnelles. Avec lucidité, Waïtiri évoque son éventuel machiavélisme nègre mais revendique sa modernité contre celle des africains restés des mangeurs d'éléphants. Son discours sait illustrer et faire prendre conscience de ces contrastes énormes (390-392). Les principales positions face au problème des éléphants sont sans cesse confrontées : Morel le défenseur, Waïtiri l'exterminateur, les africains consommateurs - pour les plus pragmatiques, la tuerie du Kuru ressemble ni plus ni moins à un abattoir comme il y en a dans tous les pays. Le discours de Waïtiri est convainquant, mais Fields n'est que photographe, et la réalité visuelle de la situation ne plaide pas en faveur des indépendantistes...(394) Le reportage que tirera Fields touche les gens dans leur sensibilité mais n'atteint pas leurs pensées idéologiques. Le public en reste à la consommation d'images.
 
Ch 38
Le dialogue entre Waïtiri et Fields se poursuit. Fields observant Morel résigné à la perte d'une bataille, mais pas battu pour autant, le considère comme un "imbécile heureux" et le compare au général De Gaulle en 1940 (402). Une négociation s'élabore : Morel promet à  Waïtiri de ne pas bouger en échange de leur liberté à la fin des opérations sur le lac.
A la Pravda, deux journalistes traducteurs de la presse étrangères échangent leurs impressions : l'un semble consterné par la façon de procéder des médias américains qui ne titrent que sur l'affaire d'un français défenseur de la nature, dans le but très probable de détourner l'attention des lecteurs de la crise économique et des préparatifs d'une guerre probable et imminente. Les deux, croyant ne pas être dupe de l'affaire, et faisant partie intégrante d'une société sous tendue par la dictature du prolétariat, n'en rêvent et discutent pas moins des éléphants et des splendeurs de la nature, au point de remettre en cause le système auquel ils appartiennent. Ils ont tous deux une aspiration profonde, un besoin de liberté et d'espace que symbolisent justement les éléphants dans leur milieu naturel. Ce besoin apparaît tendencieux voire illicite dans le système soviétique.
L'ÉLÉPHANT =  symbole de liberté qui devient vite symbole d'insoumission, perturbateur, provocateur, de dissidence.
A Paris, un député pense que Morel n'est qu'un agitateur populaire. Les médias le mettent en avant comme symbole de la revendication au près d'un parlement affaibli.
Dans une clinique, un homme vaincu par la mort de sa femme, reprend espoir dans le combat de Morel.
A la nouvelle de l'imminence de l'arrestation de Morel, les gens réagissent soit par un sentiment de fatalité un peu lâche, soit par une amertume ouverte face au sort réservé à leur héros, celui dans lequel ils projettent leurs fantasmes de battants.
Dans un sanatorium, le moral des malades est à l'aune des nouvelles de Morel (414).
Morel est devenu pour les masses soumises le symbole de la lutte contre toutes les horreurs de la terre (415).
Haas, repenti a monté une expédition pour retrouver et sauver Morel, il est accompagné d'un journaliste parisien et de Verdier, planteur au Cameroun. Ce dernier transpose, avec admiration, la profession de foi de De Gaulle envers la France ("une certaine idée de la France") à l'engagement de Morel pour l'humanité.

Ch39
La pluie semble s'annoncer, le départ des camions de Waïtiri se presse. Celui-ci fait ses adieux à Fields. Son profil est récapitulé,  mi-visionnaire mi-dictateur... Morel préconise que les membres de sa troupe rentre dans leurs pays respectifs et profitent de leur popularité pour relancer les idées de défense de la nature. En achevant les bêtes qui agonisent, ses certitudes sont mises en doute, il rêve d'une pilule d'humanité qui pourrait soigner les hommes, mais se questionne : le voudraient-ils seulement ? Et si le nazisme était la vraie nature de l'homme ?(424)... (Anticipation-Début) Le procès est précédé d'une enquête  qui a lieu à Fort Lamy , menée par les autorités Françaises (425). Abe Fields est soupçonné d'avoir voulu rejoindre Morel, les journalistes témoignent et le disculpent (Anticipation-Fin). Le départ s'effectue avec la séparation du groupe : Forsythe et Qvist partent vers Gfat pour le Soudan où chacun est censé regagner son pays d'origine. Fields, Minna, Morel, Idriss et Youssef prendront la direction des collines Oulés, d'où ils continueront le combat. (confirmé à 449)

Ch40
Morel et Fields dialoguent. Fields veut rester professionnel, même s'il semble qu'intérieurement il a rallié la cause de son interlocuteur. Il a décidé d'accompagner Morel jusqu'au terme de l'aventure et d'être là pour un dernier cliché. Fields est assez troublé par le comportement de Minna. Pour lui, l'humanité est comme Minna : au long de son calvaire elle éprouve le besoin de se refaire une beauté - soit rouge à lèvre pour Minna soit Prix Nobel pour les hommes en général (439). Le petit groupe traverse les villages Gola. Les éléphants sont encore le prétexte à quelques métaphores au gré des conversations,
ÉLÉPHANTS =  châteaux en Espagne (utopies), 
ÉLÉPHANTS = causes dignes justes et nobles, à défendre (anti-ségrégation - droits de l'homme).

Minna semble à bout de force et Fields est également mal en point, en proie à des hallucinations (447). Il reste incrédule sur l'engagement idéologique de Minna aux côtés de Morel, il lui prête des motivations purement physiques complètement erronées, projetées de ses propres fantasmes. (Anticipation-Début) Au cours du procès, Minna est sommée de s'expliquer sur son attachement à Morel et à sa cause. Elle est victime de son image de femme objet et sa tentative, toute pathétique, d'ôter à ses interlocuteurs leurs idées préconçues se solde par un échec...  Au banc des accusés, il y a Minna, Peer Qvist, Forsythe, Habib, Waïtiri, Madjumba, N'Golo et Inguélé. Fields assiste au procès en tant que témoin. Le président de la cour en reste à l'interprétation officielle, et n'arrive pas à entrer dans le schéma de Minna, à comprendre sa démarche et son engagement(Anticipation-Fin). La troupe cherche toujours à gagner les monts Oulés, Minna est particulièrement affaiblie. Aux abords des premiers contreforts ils apprennent que l'armée rode encore après avoir découvert les grottes qui servaient de refuge et d'entrepôt d'armes. Youssef a été chargé par Waïtitri de veiller à ce que Morel ne soit pas capturé vivant. Dans l'éventualité d'une arrestation, il a ordre de le tuer afin que celui-ci ne puisse faire état de son combat écologiste devant les médias - ce qui aurait pour conséquence d'occulter le combat nationaliste africain. Cependant, petit à petit, Youssef est gagné par l'humanisme pédagogue de Morel. (Anticipation-Début) Le lieutenant Sandien raconte comment revenant des monts Oulés, il est tombé par hasard sur la troupe de Morel revenant du Kuru...(Anticipation-Fin). Schölscher, à la tête d'une vingtaine d'hommes, patrouille dans la région de la frontière soudanaise. De Gfat, au soudan, il apprend le passage de dissidents soudanais, délaissant momentanément ses recherches  de Morel, il entreprend de cueillir ces contrebandiers en puissance à leur retour. L'altercation a lieu et les membres de la troupe réagissent diversement au moment de leur reddition : Habib apparaît lâche et veule, les jeunes étudiants sont dépités, Waïtiri, quant à lui, veut faire de son arrestation une tribune politique.  Cependant, Schölscher malicieusement joue avec zèle son rôle de fonctionnaire et le considère avant tout comme un contrebandier d'ivoire, puisque, après le massacre  du lac Kuru, les camions en ont été chargés. Le gouverneur fait le point sur la situation et espère de ses troupes qu'elles arrêteront Morel vivant. Intimement, il souhaite un éclaircissement sur les motivations de son combat. Finalement il ne semble pas si indifférent à la cause écologiste, il éprouverait même de la sympathie pour l'"ancêtre des éléphants". Le cancérologue Wasser, trouve dans l'image de Morel un alter égo en matière d'espérance en l'homme et de foi en la vie, il refuse tout fatalisme face à l'échec, a fortiori s'il s'agit comme le fait Morel de s'attaquer à la condition humaine elle-même. Le père Fargue, de son côté, réagit avec solidarité à l'annonce de l'arrestation prochaine de Morel. Il part donc pour essayer de le retrouver et lui offrir une cachette protectrice.(Anticipation-Début) Au procès Minna est à nouveau questionnée par un magistrat tendancieux. L'annonce est révélée de son mariage prochain avec Forsythe (Anticipation-Fin). Dans la colonne, Minna est à bout de force et Youssef semble à bout de nerf, tant sa mission "révolutionnaire" d'abattre Morel à la moindre alerte s'est trouvé reculée. Peu de temps avant la rencontre avec l'armée, Morel et les siens sont aperçus par un prospecteur d'Uranium, dont l'opinion est symptomatique de l'individualisme général : il voit en Morel un misanthrope dont les causes lui sont totalement étrangères, accaparé qu'il est par ses seuls sujets de préoccupations personnelles. Minna au bord de l'évanouissement engage Morel à fuir seul, celui-ci lui livre une sorte d'ultime message de foi en son combat et d'encouragement moral à espérer et à lutter pour la nature et la défense d'une marge humaine. Fields associe avec une certaine arrogance, n'était son délire fiévreux, sa nationalité et l'esprit d'initiative américain à la détermination jusqu'au-boutiste de Morel. A la vision d'une Jeep de l'armée, Morel accompagné d'Idriss et de Youssef, laisse Fields et Minna sur la piste et s'enfuit dans la savane.  (Flash Back) Il raconte comment son goût de défendre une certaine idée de l'homme lui est venue au travers du combat pour les animaux : cela a commencé avec le sauvetage des hannetons pendant sa captivité en travail forcé. (Flash Back- Fin) Youssef, seul avec Morel, est gagné par la sympathie envers l'humaniste et renonce à exécuter l'ordre de Waïtiri, c'est à dire à liquider Morel avant qu'il ne porte ombrage au combat nationaliste indépendantiste. Le père Tassin, s'apprête à rentrer en Europe après une saison de fouille. Son attitude distanciée laisse imaginer qu'il a une vision pragmatique de l'homme. Il semble considérer la création avec du recul, de la hauteur, et cela imprime un certain détachement dans son rapport à la condition humaine. Sa foi semble cosmique, plus confiant dans le cosmos que dans le combat des hommes - St Denis se demande s'il considère leurs efforts face à la souffrance comme une vanité, le combat de Morel comme une futilité - le jésuite, au soir de sa vie, sourit.
 
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