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Entretiens radiophoniques

Transcription d'extraits d'entretiens entre Romain Gary et Patrice Galbeau réalisés par Evelyne Frémi en 1973 pour l'émission "la vie entre les lignes", rediffusée sur France Culture dans l'émission "mémorables" puis dans l'émission " A voix nue".

N.B. : Dans la retranscription des extraits de l'œuvre, les crochets  [ ]  indiquent une modification et les parenthèses (…) une coupure  par rapport au texte original du roman.

1er entretien

transcription E.Ploquin
 

Patrice Galbeau - C'est assez impressionnant de se trouver devant ce   livre "les racines du ciel", c'est un livre célèbre, fameux, c'est avec lui que vous avez eu le Goncourt, un best seller. C'est un livre que vous avez écrit pour la sauvegarde de la nature, avant le temps où on s'en occupait, pour la sauvegarde des éléphants. Les éléphants ne sont pas seulement des bêtes, ce sont aussi des symboles de choses un petit peu encombrantes comme la liberté individuelle la tolérance, les droits de l'homme... Est-ce que vous, vous avez des éléphants à vous ?
Romain Gary - Bien écoutez, aujourd'hui, c'est à dire près de 20 ans après le jour où j'ai écrit les "racines du ciel", près de 16 ou 17 ans après leur publication et il faut bien le dire leur traduction dans toutes les langues du monde, je peux dire carrément, et je crois que les gens le savent, que pour répondre à votre question directement, non seulement j'ai des éléphants à moi mais il est évident que je suis un éléphant et tout homme séparé par la nature des choses, par le destin de l'homme, tout homme qui marche seul, sur un trottoir ou dans la foule, est un éléphant. On peut dire qu'en dernière analyse, le sujet du livre, l'éléphant, c'est cette chose aujourd'hui imprononçable, calomniée, décriée, déviée de son sens virelée (?) dans sa notion essentielle : l'individu. Quand j'ai écrit les "racines du ciel", c'est de tous les livres celui qui m'a causé le plus de mal, non pas dans sa conception, mais pour des raisons matérielles, c'est que j'étais à cette époque-là à New York porte parole de la délégation française à l'ONU, à la télévision et à la radio, j'étais horriblement occupé, j'étais un écrivain pas encore arrivé comme on dit - si tant est qu'on n'arrive jamais - entre parenthèses, vous connaissez l'histoire de l'académicien qui est élu à l'académie française à 80 ans à qui on dit : "mes compliments mon cher, vous êtes enfin arrivé" et l'autre qui répond "oui, mais dans quel état !" et bien pour fermer cette parenthèse, j'écrivais donc dans des conditions matérielles extrêmement difficiles, entre deux séances très graves du conseil de sécurité de l'assemblée générale et mes propres engagements comme porte parole devant les micros incessamment, constamment aux nations unies, j'ai écrit les "racines du ciel" à New York entre midi et 2 heures, à l'heure du repas. Ce livre qui est mon plus grand livre, le plus complexe dans ses dimensions donc, m'a causé le mal le plus grand. Faut quand même dire que, écrit, conçu dans les années 50, ça a été le premier livre sur la défense de l'environnement, sur l'écologie, mot qu'on ignorait totalement - vous savez que c'est un mot qui n'est apparu à la surface il n'y a qu'une dizaine d'années. J'ai assisté à Paris à un dîner entre des personnalités éminentes du tout Paris, quelqu'un a prononcé le mot "écologie", et on a fait immédiatement une petite enquête c'était un milieu de journalistes d'ailleurs, pour ne rien vous cacher, c'était à la table de Pierre Lazareff, sur les 22 personnes présentes il y en avait 2 qui connaissaient le sens du mot écologie et ce n'était tout de même pas des gens peu informés. C'était donc le premier coup de canon, de semonce tiré pour la protection du milieu naturel dans lequel nous vivons, mais je m'empresse de dire, que le milieu naturel, l'environnement ce n'est pas simplement l'eau, l'air, la nature, dans le sens biologique du mot, c'est également la liberté. C'est également ce qui fait de l'homme  un homme et si vous voulez, en plus, j'ai introduit alors cette notion, parce qu'en effet pourquoi les éléphants ? Ils sont lourds, ils sont encombrants, ils dévastent les récoltes, ils renversent les poteaux télégraphiques, ils causent des dégâts de toutes espèces, et ils sont bons à quoi ? A quoi ça sert ? à quoi c'est utile ? J'ai introduit dans le roman une notion qui a été violemment attaquée par certains porte paroles de nuances politiques, j'ai introduit la notion de la "marge humaine", c'est à dire que j'ai exigé dans les "racines du ciel" mon personnage, Morel, qui se bat les armes à la main, pour la cause des (...) éléphants, j'ai introduit cette notion de "marge humaine", c'est à dire que quelque soit l'idéologie, quelque soit le concept politique, la passion, la rage du bien ou du mal, la volonté du progrès ou des révolutions, qu'on introduise une notion de marge humaine où les droits essentiels de l'individu, de l'homme - individu, pour moi, et homme ce sont des synonymes - soient sauvegardés et respectés. Bien entendu, je me suis fait violemment attaquer, et je ma souviens notamment d'un article, intéressant d'ailleurs, de M. André Vurombser (?) à l'époque je crois, c'était ou "Les lettres françaises" ou "l'Humanité" je ne sais pas, mais en tout cas il parlait au nom du parti communiste en parlant à son propre nom bien entendu, il avait dit : " la notion de marge est une question marginale, c'est à dire que ça ne l'intéressait... pas du tout ! Les éléphants sont ainsi, pour beaucoup de gens , dans ce livre, sont devenus des symboles.
PG - Il n'est pas seulement question de la disparition des éléphants mais aussi de la disparition de l'espèce humaine par suite du mépris total, du mépris souverain avec lequel la société traite les données essentielles de la vie, aussi bien sur le plan biologique que sur le plan sociologique, et, que les choses soient liées, c'est absolument apparent dans votre livre parce que, si l'environnement est empoisonné par tous les déchets de notre vie, qui, de plus en plus, empoisonnent la nature, nous pouvons également être menés à l'extinction par l'empoisonnement de notre milieu pour des raisons idéologiques, l'empoisonnement idéologique menant à des conflits sanglants, à des guerres épouvantables.
RG - J'ai évoqué tout cela dans le livre, mais comme il s'agissait - la publication était en 56... en 55, en 56, j'ai eu le Goncourt en 56, que le livre est conçu en 52 et 53, c'était , malgré l'immense succès matériel, enfin de lecture, du livre, cet aspect là est passé légèrement inaperçu parce que les gens à l'époque, littéralement se moquaient bien de penser que les déchets se déversaient dans la mer, etc. Vous ne voyiez jamais nulle part une référence quelconque à l'empoisonnement de la biosphère et l'empoisonnement de notre milieu naturel par la façon inconsidérée de laquelle nous nous traitions. Aujourd'hui, l' homo salus  est devenu la grande question à l'ordre du jour, aux états Unis, la protection des milieux humains, la protection de la nature, la lutte contre la pollution et la défense de l'environnement sont devenues des priorités politiques absolues dans les campagnes présidentielles, dans les campagnes d'élections sénatoriales et autres. La France a emboîté le pas. J'ai suis absolument désolé de penser que le pays de La Fontaine et de Montaigne a attendu des années et des années pour soulever une question qui a été soulevée d'abord au plan le plus élevé, au niveau le plus élevé, avec l'impact le plus grand en Amérique. Et je le dis franchement, je considère ce point une incurie actuelle, présente, une indifférence souveraine avec laquelle le gouvernement traite cette question encore en France, il n'y a qu'à se promener à Paris pour le savoir. Je considère cela comme une honte du pays et je considère cela peut-être comme une atrophie de la conscience française et le déclin de la France, purement et simplement, en tant que grande puissance. Ce que j'appelle moi grande puissance, l'éléphant français si vous voulez, ce n'est évidemment pas à mes yeux une puissance militaire, une puissance industrielle ou autre. C'était avant tout incontestablement, et je parle au passé, une puissance spirituelle, morale... C'est le seul pays qui avait inventé, qui avait cru, qui avait articulé, qui avait exprimé une notion comme "mission spirituelle" et l'expression "mission spirituelle" n'est pas concevable dans une autre langue - et j'en connais sept en tout cas - et bien ça n'existe plus ! Vous ne trouvez pas une grande conférence de presse, une grande personnalité française au niveau le plus élevé, moins élevé, intermédiaire ou autre, parlant sur la défense de l'environnement, parlant avec l'urgence, avec l'élévation (l'innovation ?) de pensée, avec le sens des priorités qu'il faudrait. Nous allons à l'extinction ! c'est une chose qui a été scientifiquement prouvée par les computers, c'est une chose qui a été publiée, c'est une chose qui est connue. Et bien, la France n'a pas élevé la voix avec la sincérité et avec la grandeur, puisque parfois on a employé ce mot même dans notre histoire récente - on peut se demander de quel droit - et on laisse ce domaine qui est un domaine de priorité humaine, un domaine de priorité historique et d'option humanitaire absolue, on le laisse en dehors du surplus des grandes préoccupations françaises. La France pour moi, est en premier lieu un éléphant au sens le plus impressionnant du point de vue historique en Europe, c'est un éléphant qui est en train de subir une étrange mutation sociologique par lequel il tend vraiment à devenir une marmotte. J'ai beaucoup pensé d'ailleurs à mon pays en tant qu'éléphant au moment où j'écrivais les "racines du ciel", et si on relit attentivement le livre, j'y fais une référence très claire à un moment… à propos, je ne fais pas de politique ici, je ne suis malheureusement pas engagé politiquement parce que Dieu c'est que ce n'est pas l'envie qui me manque mais comme ça sent mauvais de tous les côtés, il m'est extrêmement difficile de m'engager, et que la petitesse éclate par ses dimensions de tous les côtés, il m'est très difficile de m'engager. Mais dans les racines, j'avais, précisément dans cette optique, fait allusion à un éléphant et montré le lien entre le sujet de mon roman et l'appel du 18 juin, et cet éléphant était le général De Gaulle, c'était un éléphant ! C'était un éléphant dans un magasin de porcelaine - d'ailleurs douteuse et qui peut-être eut mérité d'être un peu cassé par-ci par-là - qu'est devenu sous plusieurs aspects ce pays. Je n'aime pas porter des critiques d'ensemble. Je n'aime pas parler : "la France est ci, la France est cela, l'Amérique ci, l'Amérique cela, ce n'est jamais vrai, ce sont des jugements qui sont faits de nuances, Mais en tout cas il est une manière absolument certaine que s'il devait y avoir à l'époque de la Tchékoslovaquie, à l'époque de la Hongrie, à l'époque du Chili, à l'époque du conflit entre les arabes et les palestiniens, s'il devait y avoir une voix, un barrissement, un rugissement, une voix tonnante et puissante, même si elle n'est peut-être pas accompagnée d'assises militaires et autre, ç'aurait du être la voix de la France. Quand je vois l'éléphant français verser dans l'absence de tonalité, dans une espèce de neutralité spirituelle profondément affligeante, évidemment, c'est là que je reviens à ce qui peut-être être indirectement inspiré de mes "racines du ciel", c'est à dire ma réponse à cette joie qui s'était élevée le 18 juin 40 lorsque j'ai rejoins le Général De Gaulle à Londres, et que cet homme était véritablement tout seul, complètement tout seul, qu'il avait entrepris une action qui allait en dépit du bon sens, contrairement aux exigences de la réalité apparente des ruses de stratégie et de diplomatie, car on aurait pu dire qu'à l'époque, sur le plan astucieux sur le plan habilité, c'est plutôt Vichy qui avait raison, pour éviter le dégât, pour éviter justement qu'on ne casse trop de porcelaine, cet homme m'a marqué précisément par cet aspect "éléphantin" si je puis dire, c'est lui qui considère qui a une certaine raison de vivre, une certaine nature de l'homme qui ne peut pas être abandonné ni au nom d'une certaine habileté ni au nom du résultat pratique, ni au nom des contingences quelles qu'elles soient. Et c'est à partir de ce moment là, peut-être, en 40, que la première notion des "racines du ciel" m'est venue. Et finalement, je considère même que Camus par exemple, qui en 1944-45-47 était devenu ce qu'on a appelé le prophète...l'apôtre de l'absurde, avait négligé un aspect de l'absurde, c'est que, étant donné que les choses sont absurdes, l'absurde ne mène pas nécessairement à la catastrophe et au néant mais qu'il peut mener également, avec la même absence de discrimination à la victoire, au progrès et au bonheur. Autrement dit, il n'est pas possible dans la notion de l'absurde de poser  nécessairement la notion du désespoir. Étant donné qu'il ne choisit pas, il est parfaitement possible que l'absurde donne une victoire positive. Et il était certain qu'en 1940, l'action à laquelle je participais sur tous les fronts d'Afrique et pendant la bataille d'Angleterre avait en elle des éléments absurdes car je ne croyait pas qu'on pouvait gagner, nous étions 200 ! 200 exactement et c'est donc au moment de la France libre que cette espèce de notion "d'envers et contre tous" que représente Morel, qui est un ancien déporté, qui est un ancien résistant qui a été déporté par les Allemands, et qui, ayant appris sur son dos l'esclavage et la servitude, a en même temps compris la valeur et la notion de la liberté. Et il va défendre les éléphants pour des raisons que j'ai développées mais parmi lesquelles figurent peut-être en premier lieu la notion que c'est la plus grande masse de liberté vivante sur terre. Et j'ai développé ce sujet d'une manière aussi réaliste que possible, et malgré le succès du livre à l'époque, je dirais même malgré le triomphe, le livre a été légèrement compris de travers, simplement parce que personne n'avait le sentiment d'urgence de la nécessité de défendre l'environnement humain.
PG - Il y a un passage que je trouve un des plus beaux, c'est quand Morel justement raconte que cette envie de défendre les éléphants lui est venue pendant sa captivité, vous vous rappelez ?
RG - Oui évidemment, il était enfermé dans un camp de concentration
PG - Et ce que je voulais vous demander est-ce que ça c'est une chose vraie... ?
RG - ...Non non, écoutez tout est absolument inventé, tout est romanesque, tout est inventé dans les "racines". Il me semblait qu'un homme en captivité, qui est un homme qui est prisonnier, qui est dans un camp de concentration, souffre de claustrophobie à tous les points de vue, physique, matériel, moral, psychique et que, pour s'aider à lutter quand il est couché, il évoque les grands troupeaux d'éléphants lancés au galop  en travers des grands espaces vides et libres, et qui cassent tout sur leur passage - L'image même de la liberté. Et c'est en évoquant ces images que peu à peu l'idée, la fixation sur l'éléphant lui est venu qu'il est allé défendre les éléphants comme une image de la liberté.

Le Comité mondial pour la Défense des Eléphants communique: les sanctions suivantes ont été prises contre des chasseurs n'ayant pas obtempéré aux injonctions du Comité. Le capteur d'éléphants Haas, les chasseurs Longevielle, Omando, pris en flagrant délit,ont reçu un châtiment corporel. Les propriétés des chasseurs Sarkis, Duparc, le magasin d'ivoire Banerjee et le dépôt de tannerie Wagemann qui transforme les pieds d'éléphants coupés en vases, corbeilles à papier, seaux à champagne et objets de décoration générale, ont été brûlés. Le trafiquant d'ivoire Banerjee a reçu dix coups de basoche. Reste à exécuter : Mlle Challut,« championne » des grandes chasses, une fessée en public : Le Comité rappelle, pour dissiper les rumeurs malveillantes, qu'il n'a absolument aucun caractère  politique et que les questions politiques, les considérations d'idéologie, de doctrine, de parti, de race, de classe, de nation lui sont complètement étrangères. Il poursuit simplement une œuvre humanitaire, il s'adresse uniquement aux sentiments de dignité de chacun, sans distinction, sans discrimination, et sans autre souci qu'une entente pour la protection de la nature. Il s'est donné une tâche précise et limitée, la protection de la nature, des éléphants, pour commencer, et de tous les animaux que dans les manuels scolaires du monde entier on appelle « les amis de l'homme », et il pense que tous les hommes, quels qu'ils soient et d'où qu 'ils viennent, peuvent et doivent s'entendre là-dessus. Il s'agit simplement de reconnaître l'existence d'une marge humaine que tous les gouvernements, partis, nations, que tous les hommes s'engageraient à respecter, quelle que fût l'urgence ou l'importance de leur entreprise, aspiration, construction ou combat. Au moment où se réunit à Bukavu une nouvelle conférence pour la protection de la faune et de la flore africaines, il croit indispensable d'appeler l'attention de l'opinion publique mondiale sur les travaux de la conférence, travaux qui se déroulent trop souvent au milieu de l'indifférence générale. Les délégués doivent travailler sous le regard attentif de l'opinion publique mondiale. Le Comité prend solennellement l'engagement de cesser son action dès que les mesures indispensables auront été prises.
Pour le Comité, signé : MOREL (270)


PG -Le massacre des éléphants en Afrique a une cause bien évidente, bien angoissante aussi , c'est le problème de la viande. Les noirs évidemment ont besoin de cette viande, de ces protéines, ils en ont besoin pour vivre. Mais il y a aussi je crois à ces tueries une autre raison : les coutumes...
RG - Vous savez les gouvernements là-bas se heurtent à des problèmes absolument cruciaux, vous comprenez, ils ont... on a toujours dit que l'Afrique est un pays sans culture ce qui est complètement inepte, ils ont une culture orale, verbale, traditionnelle extrêmement forte, évidemment pas écrite. Mais la chasse fait partie de la dignité de l'africain pendant des millénaires Alors arrêter ça, changer ça, stopper ça c'est horriblement difficile. On peut pas être optimiste sur l'ensemble du problème. De toute façon, l'industrialisation de l'Afrique, l'appauvrissement du sol, la pollution... enfin le mauvais emploi de la terre, de la nature existe là-bas encore plus fortement peut-être que chez nous.
PG - Mais il y a des scènes très dures dans le livre : il y a des incendies mis volontairement par des marchands d'ivoire pour tuer les éléphants...
RG - Vous savez, les nouveaux pays africains... il y a certains pays africains qui font beaucoup plus pour la défense de leur faune et de leur flore que nous autres, chez nous, pour une certaine protection de l'environnement. Le tanzanien fait des choses admirables pour préserver sa faune. Le Kenya, au niveau politique le plus élevé, celui de Kenyatta a lancé un grand appel suivi de peines terribles contre les pillards et les marchands d'ivoire qui font ces espèces de razzias par le feu, achevant ensuite les bêtes par d'autres moyens. Kenyatta s'est élevé en prenant des mesures légales extrêmement sévères contre la flibuste, c'est à dire contre les pillards, ce qu'on appelle chez nous les braconniers qui tuent à tort et à travers pour de l'ivoire. Vous avez vu dans la presse mondiale des images de défenses d'éléphants le résultat de ces pratiques et qui sont inadmissibles, que heureusement les africains eux-mêmes commencent à ressentir comme des outrages à leur identité nationale, ils ont sévèrement limité les possibilités des safaris etc. Au Kenya, vous savez, les safaris sont une immense source de revenus, c'est l'équivalent du tourisme pour l'Espagne ils ont pris des mesures très très courageuses ! Très courageuses, j'ai beaucoup d'admiration pour ce qu'ils font dans ce domaine. Vous voyez par exemple en Tanzanie des bus dans la jungle, vous voyez des bus avec des enfants sur lesquels sont marqué "Éducation des enfants sur... protection of Wild life", c'est à dire la protection de la vie sauvage, de la nature. Les autobus marqués de ce nom trimbalent les gosses des écoles à travers la jungle pour leur apprendre à aimer leur environnement animal. C'est quand même extraordinaire, c'est admirable, c'est spontané chez eux, les tanzaniens ont fait de très belles choses
PG - Ce que vous dites évidemment ou ce que dit Morel plusieurs fois c'est que les noirs ont tout de même, eux, le droit de tuer des éléphants parce que pour eux, c'est de la viande et qu'ils en ont besoin, ce sont des protéines.
RG - Oui c'est un problème absolument angoissant vous comprenez. Le problème de la viande pour l'Afrique est une tragédie. J'ai vu un trafic, par avion, de viande entre le Congo et les autres pays d'Afrique qui manquent de viande, qui était de la spéculation pure et simple avec des bénéfices de l'ordre de 500 et 600% par voyage ! Mais vous savez, cette histoire de protéines maintenant est légèrement dépassée, cela concerne aussi bien les noirs que les blancs... Le beafteck va atteindre des prix astronomiques, la viande va devenir inabordable en France comme en Amérique comme partout ailleurs et il faut bien que nous mangions des protéines d'autres sources, qui existent ! Vous savez qu'il y a maintenant des protéines, des beaftecks de protéines de viande qui sont tirés du pétrole et le goût est tout à fait, tout à fait convenable, sinon parfois excellent ! Donc ce problème peut être résolu de cette façon et c'est une question de volonté, d'organisation et d'éducation. Pour l'instant, la principale raison du braconnage c'est le profit plus que la viande, c'est à dire surtout l'ivoire.
 
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